Quand j’ai acheté mon voilier, Lucy, il y a dix ans, je ne connaissais pas grand-chose au sujet de la corrosion électrolytique. Le précédent propriétaire m’avait juste dit de tester régulièrement les fuites avec le testeur installé (un modèle VDO qui n’est plus sur le marché aujourd’hui).
J’ai donc testé plus ou moins régulièrement, parfois tous les jours, parfois tous les mois. Quand le résultat était vert, je n’étais que partiellement rassuré, n’étant pas très au clair sur le fonctionnement de cet indicateur magique. Quand le résultat était rouge, c’était la panique totale, et en général la fuite finissait par disparaître d’elle-même avant que je ne l’aie trouvée, me faisant douter de la fiabilité du testeur.

Le fameux testeur VDO : vert = on ne sait pas trop, rouge = panique.
Puis est venu un long refit, avec des intervenants qui m’ont provoqué pas une mais bien TROIS fuites différentes :
- une vis à travers un vaigrage qui a transpercé le câble NMEA du routeur ;
- un spot dont l’isolation était abîmée côté positif, créant une fuite uniquement quand il était allumé ;
- la platine des câbles de commande du moteur, vissée dans la console de barre et connectée au moteur, lui-même connecté au négatif.

Pièce à conviction n°1 : la vis du vaigrage, en plein dans le câble.
À cela s’ajoute une fuite plus classique qui allait et venait au gré de la pluviométrie (un pied de mât mal étanchéifié, et une pompe de cale en dessous).
Chacune de ces fuites a résulté en un nombre incalculable d’allers-retours entre le tableau électrique et le testeur, qui sont bien sûr installés à 5 m l’un de l’autre : on débranche un câble, on teste, on débranche le câble suivant, et ainsi de suite. Ces épisodes ayant commencé à provoquer une calvitie précoce, je me suis mis à rêver d’un meilleur testeur.
Le testeur dont je rêvais
- Un testeur qui sonnerait « tout seul » quand une fuite apparaîtrait, et qui m’enverrait un mail pour me prévenir.
- Un testeur qui me donnerait les tendances, du type « tiens, la fuite électrique augmente quand il pleut ».
- Un testeur capable de détecter les fuites épisodiques, du type « seulement le soir, quand la cabine arrière est allumée ».
- Un testeur capable de gérer tous mes parcs de batteries indépendamment (moteur, service, 24 V du propulseur d’étrave…).
- Un testeur qui biperait quand la fuite change, m’évitant bien des allers-retours.
- Un testeur qui me donnerait l’étendue exacte de la fuite (en ohms) plutôt qu’une LED approximative.
- Un testeur qui détecterait de petites dégradations (par exemple de 100 kΩ à 80 kΩ) bien avant que mon fidèle VDO ne passe au rouge.
Cela n’existait pas, et j’en avais vraiment besoin, alors je l’ai fait.

Le proof of concept : une breadboard, un Raspberry Pi — et déjà une vraie mesure en ohms sur l’écran (R+ = 98,5 kΩ).
Du prototype au produit
J’ai commencé par un prototype pour valider le concept, je l’ai installé sur mon voilier, et la totalité des gens qui l’ont vu m’ont dit « tu devrais le vendre ».

Le premier prototype fonctionnel, en pleine mise au point sur l’établi — la breadboard du POC est encore là, juste derrière.
J’ai donc fait une première « vraie » version avec :
- un vrai boîtier ;
- une façade « pro » ;
- une alimentation protégée contre les grosses surtensions (type alternateur qui s’excite), les branchements inversés, etc. ;
- des composants de qualité (résistances de précision, relais certifiés pour durer longtemps, etc.).
Le début de l’industrialisation
Fin septembre, au Grand Pavois à la Rochelle, j’ai eu l’opportunité de présenter HullSentry a quelques professionnels des bateaux en aluminium, qui m’ont fait des retours très positifs : la problématique est réelle pour leur clients, et ils sont intéressés par le produit ! Plusieurs m’ont demandé de les recontacter dès que j’aurais une version de test à installer sur leur voilier. L’affaire de quelques semaines, si tout va bien !

Le prototype de démonstration.